← retour

2CB et kétamine

31/03/2026

Les attracteurs alternatifs du DMN sous haute perturbation psychédélique ont-ils une structure informationnelle spécifique, et si oui, qu'est-ce qu'elle nous dit sur les attracteurs habituels que nous prenons pour la totalité de la conscience ?


Ce n'était pas 50mg. J'ai voulu prendre 50mg de 2CB. La montée était bien plus violente que la première fois. Pour atténuer la nuée sale de sensations corporelles et d'informations sensorielles qui tissaient derrière mes yeux les mêmes sinuosités aux couleurs animales que le LSD à très haute dose. Alors que tentais de changer de musique, de trouver quelque chose qui calme cette tempête mais chaque son, chaque note était monstrueusement amplifiée par mon esprit, au point de devenir un cri, un rire, un éclatement charnu au grain d'une matérialité beaucoup trop sensuel. J'ai décidé de prendre un peu de kétamine. Je me suis dit que la dissociation ferait son travail d'apaisement. Bientôt, derrière mes yeux ce sont des corps qui éclatent, des visages qui fondent et leurs yeux qui coulent sur des joues séchées par la mort. L'impermanence des choses ricane aux percussions d'une Bossa Nova dont toutes les sonorités deviennent, par grossissement, de tout petits bruits mous, ricanant et dolents. Je blâme la kétamine. Mon thalamus merde. Les deux molécules ont amplifié leurs effets respectifs sur mon corps et mon esprit. Quelques secondes, quelques minutes, quelques heures passent, je n'en sais rien. La pièce entière changeait devant mes yeux grands ouvert. Le sol avançait, transformait l'endroit, allait ailleurs et revenait avec un autre salon. Les murs poussaient et jaillissaient sans bouger d'un centimètre alors que je regardais un couloir ouvrir une brèche à l'extrême gauche de ma vision périphérique. Moi-même, je changeais, mes mains, mes bras, mon corps, tout devenait bois, pierre, roche noire et pulsassions dures, chaude alors qu'assis, je contemplais un tunnel sombre, une arche vers laquelle d'autres moi, tout similaires à moi, glissaient doucement. Ils étaient exactement moi, ceux de tous les instants qui m'ont précédé et, derrière moi pensais-je, devait être assis et glisser de la même façon tous les moi des instants qui, je le sais, sont venu après moi. Tout droit venu d’un temps qui coule dans le monde et sans moi, ailleurs, très loin. Ce n'était pas une vision sans vérité ou sans substance. Tout y était trop noué, bien trop réel et je me sentais passé, je me savais passé. J'étais à cet endroit un endroit de mon esprit. J’étais quelque part là où glisse le présent, en souvenirs. Si je m’étais retourné, aurais-je vu l’endroit où mon esprit construit un sens de l’immédiateté ? Un présent subjectif dont je m’éloignais lentement ? Tout était aussi réel qu'une promenade sobre en plein Paris, l'air lourd, le corps, le mouvement, tout. La possibilité et le vertige de cette expérience m’ont rendu curieux. Je n'ai pas bougé. Tant qu'à être là, autant voir ce qui se passe. Peut-être, après tout, suis-je le premier à visiter cet endroit et serais-je le premier à m'en souvenir. Quelques mots plus tard, moi et mes bras de pierre avons disparu dans le noir. J'ai regardé mon salon à l'architecture hésitante, pleine de mouvements immobiles. La musique avait perdu quelque chose. Tout redevenait. J'étais revenu.

  • Trip reports
  • 2CB
  • Kétamine
  • LSD
  • Dissociation