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Trip 4 - Notes

20/01/2026

Plus loin, il parle des Yaminahua. Selon eux, ces entités parlent, mais elles parlent un langage tordu-tordant (« language twisting twisting ») qui invite au perspectivisme et à des liages par des correspondances. À peu près rien dans le langage tordu-tordant n’est appelé par son nom habituel. On appelle les jaguars des paniers, les anacondas sont des hamacs et les poissons sont appelés des pécaris. Dans chaque cas, il y un lien obscur mais réel entre les deux termes. Les jaguars sont appelés des paniers parce que certains motifs des paniers sont apparentés à ceux du pelage des jaguars. J’interroge, je gosse, j’avance. La peau et le vêtement peuvent-être envisagés comme des « déictiques » qui produisent des effets de relations. Ils sont interficiels : une interface entre un intérieur et un extérieur, composition cosmique et diplomatie. J’en avais l’idée mais je ne m’en rappelais pas. Pas aussi bien. Pas assez bien. Le LSD perturbe les appareils perceptuels ; ceux de l’expérience et ceux du sujet de l’expérience. Il en montre la nature construite, produite. Là où existent des limites claires entre les éléments constitutifs de l’expérience et son sujet, on dit des corps qu’ils sont fermés : à l’épreuve du monde, le LSD laisse apparaitre des hésitations. Les lignes y deviennent des formes singulières qu’il m’aura fallu longtemps pour sentir. Pour sentir plutôt que pour voir. L’ambigüité et le nocturnal plutôt que la clarté. Pour percevoir une esthétique de la frontière, une matrice du perceptuel, une forme aux bords rendus pulvérulents et qui, plus encore que les contaminations qu’elle autorise, préfigure nos valences émotionnelles et nos idéations. Ma rhétorique, la texture ici, n’est ni linéaire ni aléatoire. Elle est courbe et spiroïde, ovoïde presque. On avance en volute, en fumée. La forme de la blessure ou du deuil. L’approche est à la foi pauvre et luxuriante. Ce n’est pas un stimulant récréatif. On l’utilise pour le rêve, ou pour accompagner l’ivresse de l’exploration. Les lignes brouillées y laissent déborder un ballet d’impressions et de coulures. Le LSD y est discursif. Il y parle au corps et à l’expérience : le visible et la sensation de perspective peuvent y devenir fluidité, proprioception et idéation. Les lignes ne découpent plus, elles ne sont plus linéaires, elles sont symboles, elles ont rapports au flux, appel, vocation, invocation, poudrerie. Sur la peau de Yube on peut trouver tous les dessins possibles, il y en a vingt-cinq, mais chacun de ces dessins est à l’origine d’une multiplicité d’autres, car à la fin, ils appartiennent tous à la même peau du boa. » Quels savoirs savent les savoirs : cela importe. Quels mondes mondent des mondes : cela importe. Quelles histoires disent des histoires : cela importe. « La voie dont on ne peut se moquer n’est pas la vraie voie. » ajoute-il. Ils sont constitués de leur savoir et ils sont les chants. Ce sont des êtres fait de savoir et de chant.

Clôtures - Séries de photographies - tirage sur dos bleu, 180x120 cm - 2010

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